Espace de retour au calme en classe : fausse bonne idée ?

Espace de retour au calme en classe : fausse bonne idée ?

Mon expérience du coin « retour au calme » en Maternelle

Avez-vous aménagé un espace dans votre classe pour aider les élèves à retrouver calme et sérénité ?
Toujours à la recherche d’idées pour permettre un enseignement plus positif, j’avais déjà essayé « le coin du calme » avec ma classe de MS-GS. Le résultat a été mitigé. En fait, je n’avais pas la possibilité de créer un espace dédié à cela. J’avais alors mis une boite à outils à tripoter au coin bibliothèque, des cartes-règles de vie à trier et des livres sur les émotions. Mon idée était d’y envoyer les élèves agités, au cas par cas et un par un.
J’ai rencontré deux principaux problèmes.

Le matériel n’a pas été respecté.

Cet espace n’a pas été assez délimité au niveau spatial. Aussi, je n’ai pas pris le temps d’insister sur les règles d’utilisation de ce coin tranquille.
Rapidement, le matériel mal utilisé a été abîmé, cassé. Des élèves ont tenté d’ouvrir la bouteille à paillettes (au lieu de regarder les paillettes bouger à l’intérieur). Elle a fini par se percer. Les balles à malaxer ont vite roulé n’importe où. les cartes de règles à trier ont été cornées, pliées, déchirées. Les petits ressorts à tripoter ont été étirés… bref, j’ai dû renouveler le matériel. J’ai bien tenté un rappel de « comment et pourquoi on utilise cet espace », les mauvaises habitudes ont été prises. J’aurais dû prévoir un véritable accompagnement, sur du long terme, et non l’utiliser en espérant que cela soit intuitif.

Un seul espace de retour au calme est insuffisant.

Cette année là, sur 26 élèves, j’avais 8 élèves avec un profil (très!) particulier. On peut dire que je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer cette année là !

La plupart de ces enfants présentaient des troubles du comportement, certains reconnus MDPH, d’autres non. On imagine bien que la gestion de classe a été particulièrement difficile. Fière de mon installation, je me suis vite rendue compte que mon espace de retour au calme prévu pour un enfant à la fois (en plus d’être un coin lecture) était largement insuffisant pour aider à canaliser ces enfants débordants.

De plus, les autres enfants étaient très intrigués par cette boite à trésors à tripoter. Toutes les occasions étaient bonnes pour aller dans ce coin, avec une excitation certaine. Plutôt raté pour un endroit qui est sensé aider à retrouver la sérénité ! Certains étaient frustrés de ne pas pouvoir y aller « Maîtreeeeeesse ! Estéban il est toujours dans le coin du calme et pas moiiiiiiiiiiii » (vous l’entendez la voix suraigûe ?)

J’ai voulu bien faire en instaurant un temps limité dans ce coin. Mais qui est capable de se calmer dans un temps donné arbitrairement ? C’est déjà dur pour les adultes, alors n’en parlons pas pour des enfants de 4 et 5 ans !

Bref, les enfants difficiles à gérer auraient pu y passer leur journée, et les autres ne pouvaient pas forcément y avoir accès facilement.

Les avantages de l’espace de sérénité

Malgré ces deux soucis majeurs, j’ai pu quand même observer des côtés positifs à ce coin.

Adieu chaise à réfléchir, et système de gestion par couleurs

exemple de système classant les enfants par couleur en fonction de leur comportement

J’ai pu supprimer mon système de « lions du comportement » qui est un système particulièrement dépendant de mon état de fatigue/tolérance, et donc, assez arbitraire… De plus, ce sont toujours les mêmes élèves qui se retrouvaient dans le orange/rouge/noir. Ces lions ne sont qu’un constat, mais n’apportent pas forcément de solution. C’était même angoissant de devoir reporter la couleur du lion dans le cahier de liaison. Certaines familles n’avaient pas les réactions appropriées envers leur enfant…

De même, j’ai retiré la fameuse « chaise de réflexion ». Ce n’est rien d’autre qu’un déguisement du coin finalement : l’enfant est mis à l’écart, sur une chaise dédiée, et n’a pas les clés pour réfléchir à son comportement. En maternelle, les enfants ont un cerveau immature qui agit surtout dans l’instant et sous pulsion… Réfléchir à sa bêtise n’empêche pas un enfant impulsif d’inhiber son geste ou ses réactions à un autre moment.

Donner des clés pour apprendre à s’apaiser

Ce que j’ai apprécié dans cette idée d’espace de tranquillité, c’est le fait de proposer à l’enfant un panel d’idées pour apprendre à se canaliser. Puisque chaque personne est unique, l’enfant pourra essayer chaque idée, et découvrir ce qui fonctionne le mieux pour lui. Combien d’adultes ne parviennent pas à avoir des réactions appropriées suite à des émotions fortes ? Combien d’adultes disent avoir un masque de façade mais se « rongent » intérieurement ? Si ces personnes avaient appris à gérer leurs émotions sans devoir les refouler, je suis sûres qu’elles seraient moins « stressées » aujourd’hui. Bref, je suis convaincue que cela s’apprend dès le plus jeune âge. Malgré les défauts de mon installation, j’ai remarqué que les enfants qui y allaient après une grosse tempête émotionnelle revenaient plus ouverts à la discussion. Ils n’étaient pas vexés ou butés comme après un petit tour sur la chaise à réfléchir, vécue comme une injustice.
L’année suivante, en croisant certains parents, j’ai appris que leur enfant leur avait réclamé un tel coin à la maison. Ceux qui ont joué le jeu ont été conquis.

Et si c’était à refaire ?

Les problèmes rencontrés dans ma classe étaient surtout de ma faute. J’ai cru naïvement que créer une boite d’objets canaliseurs dans un espace un peu cosy suffirait pour canaliser tout ce p’tit monde, comme ça, sans véritable travail préparatoire en amont. Je n’ai pas non plus pris en compte les particularités de ce groupe classe. J’ai appliqué, bêtement, un super concept sans vraiment me l’approprier.

Malgré tout, je suis toujours convaincue par cet aménagement. A la rentrée 2019, j’aurai enfin ma classe attitrée (24 CE2). Je compte renouveler l’expérience, différemment, et surtout… Progressivement AVEC un accompagnement.
Dans un prochain article, je présenterai plus en détail mon espace de retour au calme dans ma nouvelle classe, et je ferai un premier bilan en Janvier, puis un autre l’été prochain. A l’époque de mon expérience, je n’avais pas pris de photo. Les illustrations de cet articles sont des trouvailles sur internet.


En attendant, merci à ceux qui partagent leurs merveilleuses idées chaque jour sur instagram, pinterest etc.

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