Retour d’expérience sur la méditation en classe (ZEP)

Retour d’expérience sur la méditation en classe (ZEP)

L’année scolaire passée, j’ai profité d’un remplacement long  pour essayer quelque chose en classe qui m’intriguait : La méditation.

Contexte :

J’avais en charge une classe de CM1, classée ZEP, avec beaucoup de problèmes de violence. Un petit noyau de garçons qui se bagarraient quasiment chaque jour, plombait l’ambiance de classe. Les filles adoraient mettre de l’huile sur le feu.
En plus du travail de la titulaire et de l’équipe éducative, j’ai voulu tester « pour voir » la méditation avec cette classe. A vrai dire, je n’y croyais pas vraiment : Comment des enfants aussi perturbés arriveraient-ils à  poser leur cerveau dans l’instant présent ?

Moi-même, je m’étais mise à la méditation de pleine conscience peu de temps avant, influencée par tout ce que l’on peut voir dans les médias. Si j’arrivais à obtenir des résultats sur moi-même, moi qui ne trouve jamais le bouton « PAUSE » de mon cerveau qui tourne sans cesse, alors  pourquoi ne pas tenter avec des enfants qui ont normalement plus de facilité à vivre dans le présent ?

premier essai : des résultats bluffants et immédiats

Déroulement

1

D’abord, j’ai réfléchi à un moment clé de la journée pour le faire : dans cette classe, c’était après la récréation du matin qu’il y avait le plus de conflits / émotions / problèmes à gérer.  C’était très difficile pour eux de se concentrer sur leur travail après ce qu’il s’était passé dehors.  J’ai donc voulu commencer à ce moment.

Jour 1 : Piqués par la curiosité, ils attendaient, impatients, que je leur explique à peine rentrés en classe. Cet attrait pour la nouveauté leur faisait oublier un  peu l’énervement de la récré. Même le grand J*** semblait intéressé. J’ai voulu, pour cette première fois, conduire la séance moi-même, avec ma voix, en direct, et non utiliser un livre ou un CD que j’avais apporté afin de me coller au max sur leurs réactions.
J’ai commencé par leur présenter cette « activité » : il s’agit d’un cadeau pour soi-même, une façon de prendre soin de soi, pour se sentir bien ensuite. Je leur ai expliqué brièvement que la méditation, si elle est pratiquée régulièrement, améliore la santé.

2

Ensuite, je les ai invités à  se positionner confortablement. (bizarrement, aucun n’en a profité pour prendre une position abracadabrante pour se faire remarquer comme je m’y attendais) certains enfants attendaient de moi que je valide leur position : c’est hallucinant comme ils sont conditionnés à avoir la validation d’un adulte dans ce qu’ils font, même là dans ce cas de figure où ils sont les seuls à pouvoir savoir si la position est agréable ou non. La faute au système éducatif traditionnel… bref !

Tranquillement, je me suis installée à mon tour. je les ai d’abord invités à observer leur respiration, les sensations présentes ou absentes sur chaque partie de leur corps. Si une main continuait à bouger ou un pied par exemple, j’invitais simplement l’enfant concerné à s’en rendre compte et à observer ce mouvement sans chercher à le stopper. Puis, nous avons orienté notre attention sur le bruit venant de la cour de récréation : les enfants du Cycle 2 étaient en récré à leur tour. Le but étant de discerner dans ce brouhaha des rires, des éclats de voix (fille ou garçon ?) le bruit d’un ballon qui touche le panier de basket, les bruits de frottement des oiseaux qui se chamaillent sur le toit…
5 enfants sur 24 se sont endormis. Ce n’est pas grave.

3

J’ai mis fin à la séance au bout d’une dizaine de minutes, ce qui était bien suffisant pour une première fois.
Les enfants ont ouvert les yeux, détendus. Même E****, qui d’habitude montre un air renfrogné. Même A*****, qui part toujours du principe que « c’est trop nul ».
A l’unanimité, ils ont apprécié. S’en est suivi 5mn de bilan : j’ai accueilli les impressions des enfants sans commenter, puis nous nous sommes remis au travail, dans un calme et une sérénité rare à ce moment de la journée. J’ignore s’ils ont vraiment réussi à focaliser leur attention sur ce que je leur proposais, mais leur visage détendu me confirmait que la séance leur avait fait du bien. Ceux qui dormaient se sont réveillés seuls au fur et à mesure. Bien que la méditation de pleine conscience n’est pas un demi-sommeil,  le calme provoqué a permis à ces enfants n’ayant aucun rythme de sommeil de lâcher-prise et s’endormir. Mon bilan est donc très positif. Mais les jours suivants ? obtiendrai-je les mêmes résultats ?

Les essais suivants : Des résultats mitigés selon les exercices

Jour 2 : cela s’est déroulé comme au jour 1. Je commence à prendre confiance.

Jour 3 : J’ai voulu changer un peu. Je suis sortie un peu du cadre de la méditation de pleine conscience et je me suis inspirée d’une séance d’hypnothérapie que j’avais faite durant ma grossesse. Le but était de trouver un refuge intérieur pour se ressourcer lorsqu’on est assaillis par des émotions trop fortes. Cette fois, je les ai invités à imaginer un lieu existant ou non, qu’ils connaissent ou non. Ce lieu devait avoir la particularité d’apporter du bonheur, de la chaleur dans leur tête et dans leur coeur. Ce lieu devait être source de bien-être, on devait s’y sentir en sécurité. Je les ai aidés à définir précisément ce lieu mentalement.

A la fin de la séance, beaucoup ont souhaité raconter comment était leur lieu-ressource. Je leur ai demandé de garder ça pour eux, car cela leur appartient. J’ai expliqué qu’ils pouvaient retourner mentalement dans ce lieu ressource à chaque fois qu’ils en ressentaient le besoin. C’est rigolo, le lundi suivant, un garçon est venu me raconter que durant le week-end, il avait essayé d’imaginer son lieu-ressource juste avant de s’endormir car son frère l’avait énervé…

A partir de la 2ème semaine, j’ai voulu introduire des objets dans la méditation de pleine conscience. J’ai apporté des grains de raisin sec, un par enfant. l’objectif était de se focaliser sur le raisin, d’utiliser tous ses sens pour le découvrir ou le redécouvrir. Cela a beaucoup moins fonctionné. Je pensais que se focaliser sur un objet « palpable » serait plus simple que se focaliser sur soi-même. Les enfants n’ont pas été attentifs, et ils parlaient à voix haute de leurs observations pendant la séance.

J’ai supposé que c’était un jour « sans » et j’ai renouvelé l’expérience d’autres jours avec une feuille de basilic, ou bien un grain de riz, des fanes de carottes, de la ciboulette, un simple caillou. Echec à chaque fois.

J’ai tenté ensuite de conduire les séances de méditation avec le célèbre livre « calme et attentif comme une grenouille »

Les enfants ont moins accroché à la voix du CD. Ils y mettaient de la bonne volonté, mais ils décrochaient sans cesse.

 

J’ai donc décidé de m’imprégner de chaque séance du livre et leur proposer avec ma voix. Ce fut presque toujours très satisfaisant.

 

voici un lien Youtube pour vous faire écouter un exemple… Il y en a pleins d’autres ! Il existe des applications sur smartphone. (petit bambou, mindful…) On utilise une enceinte bluetooth en classe et le tour est joué !

Bilan :

Alors je ne sais pas si 3 mois de pratique journalière suffisent pour tirer des conclusions. Évidemment, cela n’est pas une baguette magique pour effacer toutes les problématiques de ce type de classe. Cependant, lors de cette courte expérience, j’ai pu constater des bénéfices rapides. Cela m’encourage à intégrer de la méditation en classe dès que l’occasion se représentera. J’aimerais tenter sur des enfants plus jeunes : est-ce qu’ils lâcheront prise facilement ?

A voir …

 

Et vous ? Vos élèves méditent en classe ? comment faites vous ?

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